Hôpital Saint-Thomas des pauvres clercs de Beauvais

Type d'Etablissement : Hôpital
Département : Oise (60)
Adresse postale : rue Saint-Pierre
Code postal : 60000
Ville : Beauvais
Ancien diocèse : Beauvais
Doyenné : Basse-Oeuvre de Beauvais
Ancienne paroisse : Basse-Oeuvre de Beauvais
Date de première mention : 01.01.1189
Certitude des dates de 1ère mention : Année confirmée, Jour et mois approximatifs
Date de dernière mention : 01.01.1791
Certitude des dates de dernière mention : Année approximative, Jour et mois approximatifs
Description des vestiges : Depuis la destruction des caves médiévales en 1963, au cours du chantier de construction du temple protestant, il n'existe plus de vestiges de l'hôpital Saint-Thomas médiéval, sauf peut-être un pan de mur rue de l'Ecole de chant. Les maisons à colombage des XV-XVIème siècle situées dans la partie ouest de la rue de l'Ecole de chant et dans la partie nord de la rue du Tourne Broche faisaient partie du complexe de l'école de chant qui a succédé à l'hôpital.
Fouilles archéologiques : Fouilles archéologiques en 1963 ont révélé que la chapelle avait une crypte cruciforme, d'abord voûtée de plein cintre, puis partiellement reconstruite aux XIII-XIVème siècle, avant d'être détruite et comblée après le siège de 1472.
Population de l'établissement : Clercs pauvres, en voyage ou malades.
Première reconnaissance ecclésiastique : Protection par l'êveque Philippe de Dreux en 1189
Etat du bâti : Bâtiment en ruines
Bibliographie : Dinet-Lecomte Marie-Claude et Montaubin Pascal Les hôpitaux de Picardie du Moyen Âge à la Révolution, Amiens, Encrage, 2014.
Commentaires : L'Hôpital Saint-Thomas des pauvres clercs était situé juste au sud du palais épiscopal et au nord de la collégiale Saint-Nicolas, à l'angle de la rue Saint-Pierre (qui menait à la porte du Limaçon depuis la cathédrale) et de la rue de l'École de Chant.

Il est attesté à partir de 1189, lorsque l'évêque Philippe de Dreux le prit sous la protection épiscopale. Il s'agissait d'une fondation toute récente, dédiée à saint Thomas Beckett, archevêque de Cantorbéry assassiné en 1170 et canonisé en 1173, dont l'hôpital porte le nom dès 1211. Sa vocation spécialisée consistait, comme son nom l'indique dès l'origine, à accueillir les clercs pauvres, en voyage ou malades. L'évêque Philippe de Dreux en était probablement le fondateur; en tout cas, il garantit la juridiction épiscopale sur l'établissement et le combla de sa bienveillance et de ses dons jusqu'à sa mort (1217). Dès 1210, la communauté hospitalière était composée d'un maître et de frères ; plus tard, 5 filles dites de la Vierge assuraient le service de la maison.

L'hôpital était doté d'une chapelle, attestée à partir de janvier 1237 mais existant vraisemblablement depuis l'origine. Son entrée latérale donnait sur la rue Saint-Pierre pour le public et à l'ouest pour la communauté. Elle était dédicacée à saint Thomas Beckett, mais possédait plusieurs autels, dont un dédié à saint Just (Josse), un à la Vierge et un au Saint-Esprit, comme l'atteste la fondation de messes et de chapellenies par Philippe, curé de Saint-André de Beauvais (janvier 1237). Des observations archéologiques en 1963 ont révélé que cette chapelle avait une crypte cruciforme, d'abord voûtée de plein cintre, puis partiellement reconstruite aux XIII-XIVe siècles, avant d'être détruite et comblée après le siège de 1472. Cette chapelle accueillait des sépultures, tel celle de Pierre Cande, prètre, chanoine de Saint-Barthélemy de Beauvais, administrateur de l'hôpital, mort en 1387. La tradition d'inhumation se poursuivit aux XVe-XVIe siècles dans la crypte remblayée,

L'hôpital s'agrandit en 1256 lorsqu'Enguerrand de Cuigy lui vendit son hôtel particulier situé au sud de la chapelle, le long de la rue de l'École de chant.

Le 3 avril 1218, le pape Honorius III accorda un privilège de protection à l'établissement et en confirma les biens et les droits. Grégoire IX fit de même le 12 avril 1237, tout comme Innocent IV le 12 avril 1244. Au cours des XIIe-XIV siècles, la dotation fut enrichie par les dons des évêques, des chanoines et d'autres membres du clergé qu cédaient des terres et maisons, des rentes seigneuriales, des objets, etc. Ainsi, par son testament vers 1194, Lancelin de l'Ile-Adam, doyen de Beauvais, lui laissa 40 s bréviaire et ses ustensiles de cuisine. Le testament de Philippe, évêque de Beauvais, le 2 novembre 1217, concédait une partie (le tiers de la moitié) de ses terres sises Beauvais à Beauvais et à Saint-Just-des-Marais, ainsi qu'une charrette à deux chevaux avec les harnais. Maître Eudes de Mareuil, chapelain perpétuel de la cathédrale de Beauvais, prévoyait dans testament du 13 octobre 1321 une donation de 30 sous pour fonder 3 messes dans la chapelle.

Cependant, les troubles de la Guerre de Cent Ans puis du conflit déclina gnon affectèrent et les bâtiments la prospérité eurent de besoin l'établissement. de réparations. Les revenus En 1383, diminuèrent, l'évêque Milon l'hospitalité de Dormans donna l'hôpital à l'abbaye Saint-Symphorien de Beauvais, à charge pour ces religieux de perpétuer l'ancienne hospitalité, tout particulièrement en faveur des pauvres clercs, pour héberger une nuit ceux qui voyageaient, pour garder jusqu'à leur guérison ceux qui tomberaient malades et pour inhumer ceux qui y mourraient. Le prélat prenait soin de conserver la juridiction sur l'hôpital à l'évêque de Beauvais. En 1439, par peur des troupes anglaises, les chanoines de Gerberoy se réfugièrent à Beauvais et furent accueillis dans la chapelle de Saint-Thomas des pauvres clercs.

La situation ne s'améliora pas suffisamment. En 1467, constatant que les revenus ne s'élevaient plus qu'à 30 livres par an et que l'hospitalité s'était perdue depuis longtemps à cause des guerres, le chapitre cathédral pensa unir l'hôpital Saint-Thomas à la prébende des enfants de choeur de la cathédrale après la mort de l'archidiacre Guillaume de Grumesnil, qui en était l'administrateur. À sa demande, Stefano Nardini, archevêque de Milan et nonce du pape, demanda une enquête à Jean de Villers, abbé de Saint-Lucien de Beauvais. Mais l'affaire traîna, alors que le chapitre offrit en vain 25 livres de rentes à l'administrateur pour qu'il accepte de démissionner. Le siège de 1472 occasionna des dégâts sur les bâtiments.

Le 13 janvier 1480, le légat Giuliano della Rovere, cardinal-évêque de Sabine, relança l'affaire et diligenta une enquête qu'il confia à l'abbé de Saint-Lucien, à l'abbé de Saint Quentin-lès-Beauvais et à l'official de Beauvais. L'évêque Jean de Bar et Guillaume de Grumesnil consentirent au projet, d'autant que les revenus, réduits à 24 livres, suffisaient à peine à entretenir l'administrateur. Guillaume céda son poste contre une rente viagère de 10 livres et les pains de sa prébende. Ainsi, le 5 avril 1480, Jean de Villers-Saint-Paul, abbé de Saint-Lucien de Beauvais, délégué du légat, procéda à l'union de l'hôpital à la prébende des enfants de chœur de Beauvais, tout en préservant la juridiction épiscopale et en réservant une chambre pour l'accueil des clercs indigents afin que la charité y soit toujours exercée.

Appuyé par le roi en 1497, Jean Standhondt, chanoine de Beauvais, convainquit ses confrères du chapitre cathédral le 2 novembre 1498 d'affecter le revenu de sa prébende pour financer l'enseignement à des étudiants à Beauvais qui seraient logés dans les bâtiments de l'ancien hôpital Saint-Thomas. Le chapitre cathédral décida en 1507 que les enfants de choeur auraient désormais leurs cours dans la maison de Saint-Thomas.

Le projet prit une autre ampleur à partir de 1545 grâce aux donations de Nicolas Pastour, chanoine de Beauvais. C'est l'origine du Collège de Beauvais.

En 1484, le chanoine Pierre le Découpeur donna sa maison, permettant ainsi au complexe de se développer au sud et d'occuper tout l'îlot, délimité par les rue Saint-Pierre, de l'École de Chant, du Tourne Broche et Saint-Nicolas. En 1489, la maison Saint-Thomas fut réparée, avec une chambre pour le nouvel administrateur, le chanoine Cabournel. L'école de chant des enfants de chœurs, sous le gouvernement du chapitre cathédral, Y prospéra jusqu'à la Révolution.