Hôtel-Dieu Saint-Jean-Baptiste

Type d'Etablissement : Hôpital
Département : Somme (80)
Adresse postale : 43, rue Saint-Leu
Code postal : 80000
Ville : Amiens
Ancien diocèse : Saint-Firmin-le-Confesseur (1169-1181 / 1236-1241)
Doyenné : Saint-Firmin-le-Confesseur
Ancienne paroisse : Saint-Firmin-le-Confesseur
Date de première mention : 01.01.1203
Certitude des dates de 1ère mention : Année approximative, Jour et mois approximatifs
Date de dernière mention : 01.05.1940
Certitude des dates de dernière mention : Année confirmé, Jour et mois approximatifs
Mobilier archéologique : Les bâtiments de l'Hôtel-Dieu d'Amiens ont brûlé dans les bombardements allemands de 1940. Par arrêté du Ministère d'État char des Affaires culturelles en date du 9 Février 1965, '(z inscrits sur l'inventaire supplémentaire Monuments historiques les vestiges de la • Salle Jean » située rue Saint Leu (figurant au cadastre dans la section G, quartier de l'Hôtel-Dieu, parcelle 12 p, contenance 615 mi).

4.1.1 Amiens, Musée de Picardie

M.P.998.5.1 : Cloche de l'Hôtel-Dieu — Datation: 1715. Matériau: fonte de fer. Dimensions: diamètre 0,58 m. ; hauteur 0,64 m. ; circonférence de la base = 1,76 m. ; circonférence au le plus haut 1 m. Mode et date d'acquisition : dépôt par la commune d'Amiens en 1998.

Les trois objets suivants on été donnés par la commission des hospices au Musée de Picardie sans que l'établissement qui jadis en était propriétaire ne soit précisé dans les inventaires du musée M.P,554: Bas-relief représentant la Nativité Datation : s.d. Matériau: pierre. Dimensions: hauteur s 0,35 m, ; longueur = 0,89 m, ; profondeur = 0,13 m. Mode et date d'acquisition: don de la commission des hospices, en 1887 ?

M.P.555: Sculpture représentant la Circoncision — Datation: s.d. Matériau: pierre. Dimensions: hauteur s 0,35 m, ; longueur 0,85 m. ; profondeur = 0,13 m. Mode et date d'acquisition: don de la commission des hospices en 1887.

P.992.4.41: Sculpture représentant la Présentation au temple — Datation : XVIème siècle. Matériau: chêne, Dimensions: hauteur 0,30 m. ; longueur 0,35 m. Mode et date d'acquisition: don de la commission des hospices, en 1875
Première reconnaissance pontificale : Confirmation de Innocent IV le 9 février 1245
Etat du bâti : Bâtiment en ruines
Bibliographie : Dinet-Lecomte Marie-Claude et Montaubin Pascal Les hôpitaux de Picardie du Moyen Âge à la Révolution, Amiens, Encrage, 2014.
Commentaires : Il devait y avoir à Amiens une institution d'assistance liée à l'église cathédrale depuis la fin de l'Antiquité, mais rien ne l'atteste avant le XIIe siècle. Une maladrerie existait hors les murs dès 1152 et portait le vocable de Saint-Lazare dès 1221. Les origines de l'Hôtel-Dieu d'Amiens restent mal connues. L'évêque Thibaud Briton (1169-1204), issu par sa mère des seigneurs d'Heilly et grand réformateur des établissements religieux de son diocèse, en apparaît le fondateur principal. Entre 1169 et 1181, avec le consentement des prêtres de la cité, puis la confirmation du pape Alexandre III, il affecta la caritas (sans doute des revenus gérés par les curés et redistribués aux pauvres dans le cadre paroissial) pour doter le nouvel hôpital, ce qui expliquerait l'absence à Amiens de tables des pauvres ailleurs fréquentes dans les villes de la France du Nord. Thibaud fournit aussi le terrain pour la construction, aux abords nord-ouest du groupe cathédral situé dans L'établissement à l'angle nord est du vieux castrum gallo-romain, à proximité de la rivière du Hocquet.

Placé sous le vocable de Saint-Jean, attesté dès juin 1223, resta la seule institution charitable connue de la cité avant 1233. Il ne reste aucune trace de cette première qui comprenait une chapelle, une aula (grande salle) et qui fut abandonnée malgré la résistance d'une partie de la communauté en 1236-1241 pour laisser place à la construction de la nouvelle église collégiale et paroissiale Saint-Firmin-le-Confesseur, elle-même transférée en raison de l'élévation de la cathédrale gothique, décidée après l'incendie de 1218 et décision qui impliquait de l'évêque une complète Évrard restructuration de Fouilloy (1211-1222), du quartier suivi par ses successeurs, et en concertation avec les autres partenaires ecclésiastiques et les autorités civiles (roi, commune), l'hôpital fut déménagé 450 mètres plus au nord sur le côté ouest de l'ancienne romaine, ici dénommée Chaussée Saint-Leu, dans un quartier dynamique de fonds de vallée parcouru par une douzaine de bras de la Somme et protégé par la nouvelle enceinte de la fin du XIV siècle. Il fallut trouver un arrangement en 1238, puis en 1248 avec le monastère Saint-Martin-aux-Jumeaux, patron de la paroisse Saint-Leu, sur le territoire de laquelle s'installait l'institution, ce qui n'empêcha pas des litiges par la suite (par exemple en 1249-1279, 1396). L'établissement se développa à cet emplacement, récupérant au fil des ans maisons et parcelles limitrophes pour s'agrandir au nord et à l'ouest, jusqu'aux bombardements allemands de mai 1940 qui le ruinèrent totalement.

L'aménagement des nouveaux bâtiments reste méconnu avant l'époque moderne. Une porte donnait sur la rue Saint-Leu. Selon les statuts de 1233, il faut supposer la juxtaposition de pièces spécifiques pour le personnel : trois dortoirs (pour les prêtres, les frères, les sœurs), deux réfectoires (pour les frères et pour les soeurs). La salle de réunion du chapitre et la chapelle Saint-Jean étaient communes. Une seconde chapelle, dédiée à Saint Nicolas (dite aussi de la Conception à partir du XVe siècle) fut construite peu avant 1279 aux frais d'Isabelle et Marie de Béthisy dans le cimetière. Elle fut démolie en 1851. La salle des malades longeait un bras de la Somme ; elle fut réparée après l'incendie de 1386 et se trouvait de nouveau en piteux état vers 1527. Elle fut reconstruite en style gothique flamboyant de 1529 à 1531, grâce en particulier au mécénat d'Adrien de Hénencourt, doyen du chapitre cathédral, et de Jeanne de May, veuve de l'échevin Jean du Gard. On peut encore voir sa carcasse ruinée depuis 1940. En raison de la multiplication des épidémies, la municipalité finança la construction d'une salle pour les pestiférés en 1520, dans les jardins de l'Osière sur l'île du béguinage, à l'ouest; la municipalité autorisa à la démolir le 4 décembre 1675.

La communauté hospitalière apparaît structurée dès la fondation en 1169-1181 : elle comptait un maître (magister), Osbertus étant le premier connu, et des frères. Un chapelain est attesté dès 1199. La première mention des soeurs ne date que de mars 1221, mais cette apparition plus tardive tient sans doute à la nature des sources conservées. Pour régler les affaires temporelles, un provisor était pris parmi les frères ou les dignitaires du chapitre cathédral. En juin 1233, l'évêque Geoffroy d'Eu accorda des statuts, dont le modèle aurait été pris à l'hôpital de Montdidier. Le pape Innocent IV les confirma le 9 février 1245. La communauté hospitalière comptait 15 personnes: 2 prêtres, 1 clerc, 4 convers laïcs, 8 soeurs,

Outre les serviteurs laïques dans l'hôpital et ses domaines ruraux. Ils élisaient parmi les prêtres le magister, qui détenait le pouvoir de correction sur tout le personnel; les hommes désignaient une sœur chargée de commander aux autres sœurs et aux servantes. Ils élisaient aussi un procurator exteriorum (frère, sœur ou tiers), chargé pour un an de traiter les affaires externes et de garder l'argent. Les postulants étaient soumis à un noviciat d'un an, avant d'être éventuellement cooptés par la communauté et de prononcer les trois vœux d'obéissance, de chasteté et de renonciation à la propriété Personnelle. Frères et soeurs vivaient séparément, au rythme des prières, des repas et du repos en commun selon le modèle augustin. Les frères disparurent au XVIème siècle.

Pour faire face à ses obligations, l'institution disposait d'une solide dotation économique commencée dès sa fondation, comme en témoigne le privilège de confirmation des biens délivré par Alexandre III en 1169-1181, qui accordait quelques exemptions fiscales. Rapidement et tout au long des siècles, l'Hôtel-Dieu bénéficia de la générosité de multiples donateurs de tout rang: évêques, chanoines, rois, princes, seigneurs bourgeois, etc. Il accumula ainsi une grande quantité de biens fonciers, s, qui étaient gérés de dynamique comme en témoignent le chartrier (à partir de 1169-1181), les deux cartulaires (XIIIe siècle) et cueilloirs (avant 1238, 1277, 1416), les séries de comptes et de baux à
Cet enrichissement traduit l'intérêt des donateurs pour les prières des malades pauvres et de la communauté hospitalière, qui se manifeste dès la fin du XII' des fondations de chapellenies, d'obits, de messes, et des dons de diverses natures par recensent les chartes et les obituaires. Une confrérie des archers Saint-Sébastien était établie à l'Hôtel-Dieu dès 1695, 1439. enregistrée S'ajouta par au arrêt Parlement du Conseil le 3 du mars roi 1696, du 13 le juillet rattachement 1695 et lettre patente de septembre maladreries de la Madeleine d'Amiens, de celles de Villers-Bocage, Béhencourt, pont.

Noyelle, Bussy-lès-Daours, Flesselles, Hébécourt, Tronville, de Bonnay décembre et de 1697, Boves, enregistrées puis par arrêt du Conseil du roi du 22 juin 1697 et lettres patentes au Parlement le 6 mars 1698, le rattachement de l'hôpital de Boves.

L'Hôtel-Dieu d'Amiens fut dès l'origine sous le contrôle de l'évêque, comme l'indiquent le privilège pontifical de 1169-1181 et encore les statuts de 1233, qui réclament du maître une obéissance totale au prélat. Toutefois, en 1219, l'évêque Évrard de Fouilloy délégua la supervision de l'hôpital au pénitencier, nouveau dignitaire créé dans le chapitre cathédral. La commune et le roi cherchèrent à maintes reprises, surtout à partir du XIVe siècle, à s'ingérer dans l'administration de l'Hôtel-Dieu, sans réussir à évincer l'évêque. Néanmoins, l'hôpital dut reconnaître devant le bailli en 1326 que la police appartenait au roi et à la commune (titulaire de la prévôté depuis 1292) à l'intérieur de [112] son enceinte hormis la chapelle. En 1343, l'échevinage obtint de l'établissement qu'il accueille les enfants trouvés de la ville. Il entretint dès 1447 un chirurgien à l'Hôtel-Dieu, nommant alors maître Jean de Dury, avec un salaire de 8 livres par an, en remplacement de feu maître Robert de Rieu. Plus pressantes à la fin du XVe siècle et durant tout le XVIt siècle, les ingérences de l'échevinage débouchèrent sur de longs procès devant le bailliage et le Parlement de Paris. Mais, les évêques et, en particulier Geofroy de la Marthonie, proche de la Ligue, résistèrent. Ainsi, le statut de l'Hôtel-Dieu resta inchangé jusqu'à la Révolution pour le plus grand déplaisir de Jean Colombier, inspecteur général des hôpitaux qui ne manqua pas de relever cet «archaïsme» lors de sa visite en décembre 1784. Or, loin d'être une simple survivance du passé, la tutelle épiscopale profita de la Réforme catholique pour s'imposer davantage aux XVIle et XVIlle siècles. À la faveur de la refondation de la communauté religieuse, l'évêque appliqua avec zèle les prescriptions hospitalières du concile de Trente. François Faure et ses successeurs réformèrent, visitèrent et confièrent la totalité du gouvernement des pauvres à la supérieure des religieuses sans que le maître en prenne ombrage, puisque élu par les religieuses, il apparaissait comme l'homme de confiance de la communauté et de l'évêque. À l'image des autres communautés religieuses, l'oraison y était très pratiquée, mais elle ne devait pas gêner le service des malades.

Désormais, la supérieure qui cumulait la fonction d'économe, veillait à la bonne marche de l'établissement. Elle présentait les comptes à l'évêque, aux receveurs de la ville et, le cas échéant, à l'intendant. Elle prenait soin d'alimenter une caisse subsidiaire' appelée « coffre fort » dans les comptes depuis 1708 où elle déposait dons et dots de façon à compenser les déficits en cas de crise. Avec l'aide des « dépensières » et du prêtre revenus procu-en reur, elle gérait un patrimoine Comme dans foncier la plupart et immobilier des hôtels-Dieu, qui fournissait le tiers les restant 2/3 des était assuré

argent et en nature. rapport entre des dons, 30 et des dots du et total des des pensions. dépenses. Selon Les les gages années, des le domestiques poste alimentaire et la pharmacie ne représentaient qu'une part infime des dépenses alors que le paiement de rentes et le montant des réparations des bâtiments grevaient davantage le budget ; à tel point que la supérieure demanda d,aliéner si 72 l'affaire maisons, n'aboutit devenues pas, trop car onéreuses, contraire selon pour Calonne acquérir des aux biens dispositions plus intéressants des édits de 1749 et 1780 relatifs aux biens de mainmorte, elle témoigne néanmoins d'une volonté de rentabiliser le patrimoine (estimé à la fin de l'Ancien Régime à 85 maisons et plus de 1800 hectares de terres ou de bois) pour servir les intérêts des pauvres malades. En 1792, on estimait les revenus de l'établissement à 86116 livres avant la Révolution.

Depuis longtemps, l'hôpital accueillait un public important. Aux dires de la communauté en 1434, 300 pauvres y trouvaient logement et nourriture chaque jour. Les comptes de 1459-1460 révèlent une aire d'attraction des malades qui couvre l'ensemble du diocèse d'Amiens, voire un peu au-delà. À quelques nuances près, les effectifs, variables selon la conjoncture, des sont familles comparables bourgeoises.