Hôtel-Dieu Saint-Jean de Beauvais

Type d'Etablissement : Hôpital
Département : Oise (60)
Adresse postale : Rue Gambetta
Code postal : 60000
Ville : Beauvais
Ancien diocèse : Beauvais
Doyenné : Saint Laurent de Beauvais
Ancienne paroisse : Saint Laurent de Beauvais
Date de première mention : 01.01.1035
Certitude des dates de 1ère mention : Année confirmée, Jour et mois approximatifs
Date de dernière mention : 01.01.1986
Certitude des dates de dernière mention : Année confirmé, Jour et mois approximatifs
Population de l'établissement : Pauvres et malades.
Règle, statut, règlement : Règle inspirée de l'Hôtel-Dieu de Noyon (elle-même issue de l'Hôtel-Dieu de Mondidier, dès septembre 1246. Puis règle de Saint-Augustin à partir de 1316
Première reconnaissance pontificale : Bulle d'Alexandre III du 06 mars 1172 (hôpital passant sous sa protection), bulle de Lucuis III du 07/05/1183, bulle de Jean XXIII du 08/10/1319, bulle de Alexandre IV du 13/11/1259 confirmant la règle.
Etat du bâti : Bâtiment en ruines
Bibliographie : Dinet-Lecomte Marie-Claude et Montaubin Pascal Les hôpitaux de Picardie du Moyen Âge à la Révolution, Amiens, Encrage, 2014
Commentaires : L'hôpital lié à l'église cathédrale de Beauvais remonte sans doute à la période carolingienne. Pierre Louvet, historien dans la première moitié du XVIIe siècle, estimait que sa fondation datait de 840, mais sans avancer de preuve ; sans doute parce qu'Hincmar, archevêque de Reims (845-882) invita son suffragant de Beauvais à recevoir les pauvres dans des hôpitaux auxquels le personnel nécessaire devait être affecté. Mais l'établissement n'est pour la première fois mentionné qu'en 1035, lorsque l'évêque Dreux affecta la dîme qui le finançait pour doter le monastère Saint-Symphorien qu'il venait de fonder.

L'institution fut réorganisée à partir des années 1170, sous l'épiscopat de Barthélemy de Montcornet (1162-1175). La meilleure conservation des archives traduit les changements, marqués par la structuration de la communauté hospitalière et l'accroissement du temporel. Ainsi, une donation de Raoul, comte de Clermont, et d'Alix, son épouse, en 1171 semble être la plus ancienne de celles indiquées dans la liste des biens confirmée par la bulle d'Alexandre III du 6 mars 1172. Le pape prenait l'hôpital sous la protection apostolique et plusieurs de ses successeurs réitérèrent. Plusieurs rois prirent aussi l'Hôtel-Dieu sous leur garde : Charles V (1365), Louis XI (1463), François Ier (1546), Charles IX (1561), Henri 111 (1587), Louis XIII (1640) et Louis XIV (1643).

On ignore la localisation du premier établissement charitable sous tutelle de l'évêque. Sans doute était-il à l'intérieur de l'enceinte gallo-romaine, près de la cathédrale. Mais selon un récit de miracles de saint Vaast, l'hôpital des pauvres de tout le diocèse (pauperum hospitale totius episcopatus) se trouvait juste à côté de l'église Saint-Vaast de Beauvais (actuelle église Saint-Étienne). Si l'on accepte l'historicité de ce récit, l'hôpital, dans la seconde moitié du IXe siècle, se serait alors trouvé à une centaine de mètres au sud-est du castrum, c'est-à-dire à un endroit inhabituel pour un hôpital cathédral, mais cela peut s'expliquer par le fait que cette zone offrait plus de commodités qu'aux abords encombrés de la cathédrale et c'est d'ailleurs dans ce nouveau quartier que se développa la place du marché, futur cœur de la ville bourgeoise. C'est à ce texte que faisait allusion Robert de Gynès en rédigeant le cartulaire de 1677. Certains historiens locaux ont proposé de voir dans l'hôtel dit des Trois Piliers, situé sur la place Jeanne Hachette, presque à l'angle de rue de la Madeleine, la localisation originelle de l'hôpital, mais rien ne vient justifier cette assertion, sinon que l'Hôtel-Dieu possédait cet immeuble dès 1210 et que l'obituaire e la collégiale Saint-Michel évoque de manière vague une Domus Dei sur la grand place l'appellation pouvant renvoyer au propriétaire ou à une activité hospitalière annexe celle des bâtiments principaux). Quoi qu'il en soit, à partir de 1179 et jusqu'en 1346, l'Hôtel-Dieu est clairement localisé en dehors de la nouvelle enceinte au nord de la cité, juste au delà de la porte Saint-Laurent, au départ de l'importante route vers Amiens. Cette implantation dans le dynamique faubourg Gaillon marquait un nouveau départ prometteur.

La communauté hospitalière apparaît à cette époque déjà bien organisée. Elle se compose de frères dès 1172 et de soeurs, affectées au soin des pauvres et des malades, dès 1210 et sans doute déjà présentes à la fin du XIIe siècle, mais sans reconnaissance dans les actes officiels. Tous étaient placés sous l'autorité d'un maître mentionné dès 1183. Une certaine spécialisation distinguait les frères; un chapelain est attesté dès 1186 et en 1190, on mentionne au moins six frères : le maître, deux prêtres, un frère preceptor (sans doute responsable de la gestion temporelle) et un frère elemosinarius (sans doute chargé des malades et des pauvres). L'institution du maître apparaît récente lorsqu'une bulle de Lucius III, le 7 mai 1183, permit aux frères d'admettre parmi eux des clercs ou des laïcs libres qui chercheraient à fuir le siècle, mais après avoir fait profession ; il est stipulé qu'un frère ne pouvait partir sans la permission du maître, sauf pour mener une vie religieuse plus difficile.

Jusqu'en 1246, la communauté hospitalière n'avait pas de règle et n'appartenait aucun ordre. Elle en réclama une au cardinal-légat Eudes de Châteauroux qui délégua la tâche à Garin, archidiacre de Beauvais, et au frère Vincent, sous-prieur des Dominicains de la ville (le célèbre lettré Vincent de Beauvais). En septembre 1246, le légat promulguait la règle qu'ils avaient compilée et qui s'inspirait largement de la règle de l'Hôtel-Dieu de Noyon (elle-même issue de celle de l'Hôtel-Dieu de Montdidier). Les aspects de la vie commune (dortoir, réfectoire, office) étaient organisés et les voeux d'obéissance, de chasteté et de pauvreté individuelle étaient exaltés, mais certains usages locaux anciens étaient préservées, tel l'habit. Les soeurs portaient une robe de laine blanche, à manches étroites, un rocher de toile blanche avec une ceinture blanche, un voile noir doublé d'un blanc (il était tout blanc pour les novices), une guimpe barbette et des souliers blancs; elles revêtaient une chape noire pour le chœur et la ville (leur apparence était alors proche du costume masculin, sinon que les hommes ne portaient pas de voile et étaient tonsurés). Les frères assuraient le service divin, administraient les sacrements aux malades et aux religieuses et gouvernaient le temporel. Désormais, la communauté dans les documents hospitalière pontificaux était assimilée au groupe de celles qui suivaient la règle de saint Augustin. Le 13 novembre 1259, le Alexandre IV confirmait la nouvelle règle de l'hôpital dans une bulle qui s'adressait conjointement au maître, aux frères et aux sœurs, qui figuraient désormais officiellement à part entière dans les actes. Le chapitre hospitalier élisait le maître à vie parmi les responsable frères prêtres.
En raison de l'accroissement inconsidéré de la communauté hospitalière causé par les ingérences des grands, des amis et des parents, l'évêque Simon de Clermont fixa pour la première soit 23 personnes. fois l'effectif Mais du ce personnel chiffre dut en s'adapter 1308: 11 à frères la conjoncture, (3 prêtres particulièrement et 8 laïcs) et 12 soeurs, défavorable durant la guerre de Cent Ans. Les comptes ne laissent apparaître que 15 frères et sœurs en 1377, 7 en 1379 et seulement 6 en 1404. Quand les frères vinrent à se raréfier à partir des XIV-XV siècles, il arriva que les sœurs élisent un maître choisi parmi les clercs réguliers extérieurs à l'hôpital.

En 1646, Mgr Augustin Potier, évêque soucieux des institutions charitables s'il en fut et fondateur du premier Bureau des pauvres, souhaita réformer la communauté hospitalière; les sources indiquent en effet parfois un certain relâchement. Il ajouta un règlement pour les sœurs, insistant tout particulièrement sur l'assistance à la prière, la méditation et l'obéissance. Il fit venir trois soeurs augustines de l'Hôtel-Dieu d'Abbeville pour les instruire de leur mode de vie. Elles changèrent d'habit pour signifier leur nouveau statut de sœurs cloîtrées; le costume des frères et des sœurs avait changé au XVIe siècle, celui des femmes consistant en une robe de laine noire non teinte (en fait rousse) avec un rochet blanc et un tablier noir, recouverts, pour le chœur et la ville, par une chape noire ; à partir de 1646, l'habit des soeurs devint entièrement noir comme celui des religieuses d'Abbeville. En juillet 1651, l'établissement comptait la mère supérieure, 21 religieuses et encore 3 religieux, mais les derniers frères disparurent en 1664. Vers 1789, l'Hôtel-Dieu avait 21 professes, 4 novices, 7 tourières et données ; y travaillaient aussi 3 prêtres, 2 chantres, un clerc, un agent, 2 domestiques et un jardinier.

De fondation épiscopale comme le rappelle un acte émanant de la chancellerie royale en 1368, l'Hôtel-Dieu n'en a pas moins gagné une grande autonomie à partir du XIIIeme siècle et les évêques de Beauvais essayèrent périodiquement de faire peser leur tutelle. En 1035, il est évident que la dotation était à la disposition de l'évêque Dreux qui choisit de la diminuer au profit de sa fondation : le monastère Saint-Symphorien. En 1183, le privilège de Lucius III sauvegardait la juridiction épiscopale sur la communauté hospitalière. Le maître se trouvait sous l'autorité de l'évêque-comte de Beauvais, mais ce dernier n'intervenait pas dans son choix. La règle promulguée par le cardinal-légat en 1246 garantissait l'élection du maître par la communauté. En 1308, en concertation avec les frères et les sœurs, l'évêque Simon de Clermont fixait un numerus clausus ; il reconnaissait à la communauté son droit d'élire le maître et la maîtresse, et d'une enquête, mais il le subordonnait à son approbation finale. À la suite d'un nouveau litige et d'une enquête, l'évêque Jean de Marigny, le 31 mars 1328, dut admettre que le droit d'élire le maître appartenait aux religieux et religieuses, tout comme celui de recevoir de nouvelles recrues et d'exercer la correction sur les membres de la communauté en fonction des règles. Par qui conséquent,auraient été reçus en habit séculier, pour approbation au bout d'un an n'avait qu'une juridiction majeure qui ne s'exerçait que par voie d'appel ; la juridiction spirituelle immédiate sur les frères et les sœurs relevait du maître, ainsi que le choix des confesseurs et de la maîtresse des religieuses. Le pape Jean XXII ratifia ces dispositions le 19 décembre 1321. Et encore après la réforme de 1646, les religieuses conservèrent leur privilège d'élire leur supérieur, qui fut toujours un chanoine régulier de saint Augustin, voire un Prémontré à une occasion.

Au cours du XIV siècle, de nombreux procès opposèrent l'évêque et la communauté hospitalière qui cherchait à s'émanciper. En 1358, le Parlement reconnut à la communauté hospitalière le droit d'examiner les comptes rendus par le procureur (choisi par le maître) sans la présence de l'évêque qui prétendait avoir un droit de regard. Mais le 9 janvier 1394, le Parlement confirmait à l'évêque le droit de visite et de correction sur l'Hôtel-Dieu que lui contestaient les frères et les sœurs. Par conséquent, l'évêque réussit à s'ingérer quelque peu dans la vie de l'établissement. Ses représentants furent présents en 1401 lors de la reddition des comptes réalisée devant la communauté hospitalière. Mais en 1458, le Parlement débouta l'évêque qui prétendait que les comptes soient rendus en sa présence et non devant le chapitre hospitalier seul...

La tutelle de l'évêque sur l'Hôtel-Dieu fut de plus en plus disputée par la municipalité, le roi et le chapitre cathédral (à qui l'on avait demandé de participer aux frais de reconstruction en 1366). D'une manière générale, la recherche de contrôle royal sur l'administration des hôpitaux se fit plus pressante au XV ème siècle. Le 25 juillet 1561, un édit de François II tenta pour la première fois de mettre l'hôpital en la main du roi par l'intermédiaire d'administrateurs devant être commis par le corps de Ville (les maire et pairs). Mais cette décision se heurta à la résistance de l'Hôtel-Dieu et resta sans exécution malgré un arrêt du Parlement du 25 janvier 1563. Une crise aiguë s'ensuivit. Le 30 avril 1565, un arrêt du Parlement ordonna que le maire et les pairs de Beauvais instituent 5 administrateurs, mais la communauté hospitalière répliqua que leur maison n'étant pas mal administrée, la disposition royale ne pouvait s'appliquer à eux. Un arrêt du 26 juillet 1565 confiait l'administration de l'Hôtel-Dieu à la municipalité et au chapitre cathédral, mais ce dernier recula devant l'hostilité des frères et des sœurs et le 2 octobre 1565, un arrêt de la chambre des vacations du Parlement exemptait le chapitre de l'administration de l'hôpital et réduisait son intervention à la présence de 2 chanoines à la rédaction des baux à terme. En février 1566, la municipalité chercha à effectuer une visite de l'Hôtel-Dieu, mais les sœurs se révoltèrent. Par conséquent, un nouvel arrêt du Parlement, le 17 mai 1566, accordait aux sœurs le droit de participer au gouvernement de leur maison. Mais la situation restait conflictuelle, au détriment de la bonne marche de l'établissement. Un accord plus stable déboucha sur l'arrêt du Parlement du 29 novembre 1570, qui confiait de nouveau l'administration spirituelle et la gestion temporelle au maître (élu par les frères et les soeurs) et à sa communauté, mais les administrateurs gardaient un droit de contrôle. En effet, le maître conservait la gestion des revenus, mais il ne pouvait faire des baux ou constituer des rentes sans en rendre compte aux Trois-Corps: l'évêque' le chapitre cathédral et le Corps de Ville, dont les représentants se réunissaient en bureau tous les premiers lundis du mois et avaient le droit de visite dans l'établissement.

En 1346, les troupes du roi d'Angleterre Edouard III, après avoir nargué le Valois Philippe VI en approchant Paris, remontèrent vers le nord. Devant le danger, le capitaine de la garnison de Beauvais fit détruire l'hôpital, afin qu'il ne puisse constituer un refuge pour les Anglais. Le roi Plantagenet, pressé par les hommes du roi de France, se contenta de brûler le faubourg Gaillon avant de se diriger vers Amiens. Ayant perdu leurs bâtiments, les frères et sœurs de l'Hôtel-Dieu se replièrent avec les malades à l'intérieur de l'enceinte urbaine, dans diverses maisons qui leur appartenaient (comme celle des Trois-Piliers) et d'autres qui leur étaient prêtées ou louées. L'emplacement du nouvel hôpital fut vite une maison avec cellier, qui servait à l'entrepôt de leur vin, située sur l'importante rue menant à la Porte Saint-Laurent et juste en face de l'église collégiale Saint-Laurent. juin 1367, l'évêque-comte Jean de Dormans autorisa la communauté à avancer sur la voirie les cinq piliers de fondation de sa nouvelle chapelle. Les travaux de reconstruction des bâtiments s'étalèrent sur un tiers de siècle. En 1379, on apportait les cloches. L'ensemble immobilier s'étirait le long de la chaussée d'Amiens et était cloisonné à l'ouest l'hôpital par la butte était Sainte-Marguerite circonscrit par une et au maison, nord par donnée le rempart en 1235 et par la porte Pierre Saint-Laurent. de la Fromenterie, Au sud,et par l'hôtel des religieux de Breteuil, qui longeaient tous les deux la rue de la porte de Grez (actuelle rue Gui Patin). Le bâti présentait la structure qu'il conserva en grande partie jusqu'au XIXème siècle. La grande salle des malades se trouvait au nord de l'ensemble, contre le rempart; cette situation trop exposée aux dangers explique le repli des malades dans le réfectoire pendant le siège de 1472. Elle était éclairée côté nord par 4 baies qui donnaient malheureusement sur le mur de l'enceinte; en 1548, un verrier réalisa un vitrail représentant une apparition de la Madeleine et une Vierge à l'Enfant Jésus. Des plans de l'époque moderne montrent que cette salle avait deux nefs, avec des planches de bois qui séparaient les hommes et les femmes. Elle donnait aussi sur la cuisine des pauvres et, à son extrémité orientale, sur une chapelle. Une entrée, constituée d'un vestibule, jouxtait aussi la chapelle et la salle des malades et donnait sur la rue principale. À l'ouest de la salle des malades se trouvait une cour peu étendue avec les bâtiments utilitaires (foulerie, fournil, pressoir, grange à bois), dont la disposition et la destination ont sans aucun doute évolué au fil du temps. Ainsi, en 1483, on aménagea un dortoir pour les nourrices dans une ancienne étable. La partie sud de l'îlot était réservée à la communauté (le « moùtier» du XVe siècle), connu par des plans qui ne sont pas antérieurs au XVIIIe siècle. On y trouvait le dortoir et le réfectoire et, donnant sur la rue principale, la chapelle de l'Hôtel-Dieu (qui bénéficia sans doute d'une reconstruction au début du XVIe siècle, car un testament la nomme «église neuve» en 1512). Elle était dédiée à saint Jean-Baptiste dès 1197 et comportait un autel Saint-Eustache dès 1269. La prière pour les morts occupait une place importante dans les offices dès le début du XIIIe siècle. Source de revenus pour la communauté hospitalière et les malades, elle donna lieu à la confection d'obituaires. Le cimetière particulier de l'Hôtel-Dieu resta après 1346 à son ancien emplacement extramuros.

Les personnes accueillies à l'Hôtel-Dieu de Beauvais étaient dès l'origine diverses: malades, pèlerins, orphelins et toutes personnes dépendantes. Toutes étaient logées dans la grande salle des malades. Dès 1471, on établit à part les accouchées et les orphelins (« maison des enfants», on en comptait 16 en 1521), de même que les pestiférés étaient isolés dans une maison à part au XVIe siècle. En 1522, 240 pauvres étaient hébergés l'Hôtel-Dieu. Dans les périodes normales, la capacité d'accueil était d'une centaine de personnes. En effet, un plan du XVIIIème siècle permet de compter 48 lits dans la grande salle des malades, sachant qu'on pouvait coucher deux personnes par lit. Un autre plan de la même époque désigne l'église comme « salle militaire » ; en effet, depuis Louis XIV, l'hôpital se plaignait de recevoir de nombreux soldats qui monopolisaient les lits d'hommes. Toutefois, depuis la création du Bureau des pauvres en 1653, une partie des assistés n'avait plus à solliciter l'Hôtel-Dieu qui, vers 1789, accueillait 800 malades par an, sans compter les externes. La médicalisation avait progressé au cours du XVIIème siècle, quand est attestée une apothicairerie administrée par une « sœur apothicairesse» qui fournissait en « drogues » auprès des apothicaires de la ville mais préparait également les confitures, onguents et autres huiles utilisés pour le soulagement des malades.

Soutenir autant de malades et de pauvres impliquait une solide dotation. Son noya était sans doute à l'origine issu de la mense épiscopale, ce qui expliquerait pourquoi l'évêque Dreux retira une dîme en 1035. Mais les sources conservées attestent d'un afflux de dons à partir de la fin du XIIe siècle, provenant de la générosité des évêques et des chanoines de Beauvais, de l'aristocratie régionale, des bourgeois de la cité, etc., de leur vivant ou par testament: maisons et terres, cens et loyers, récoltes agricoles, rentes seigneuriales, objets (livres, literie, tonneaux, etc.). Il faut aussi compter les petites aumônes manuelles anonymes. Un tronc pour l'Hôtel-Dieu est attesté à la Porte de Grez en 1261


L'hôpital traversa la Révolution, mais les soeurs augustines furent remplacées par des hospitalières libres en 1792. En vertu de la loi du 16 vendémiaire an V (7 octobre 1796), l'Hôtel-Dieu et le Bureau des Pauvres furent unis et renommés Hospices Civils de Beauvais. Les Augustines y firent leur retour en 1817. Les bâtiments furent reconstruits au XIXe siècle et l'activité hospitalière s'y poursuivit jusqu'en 1986.